DFDS à Jersey | L’histoire depuis 2024

DFDS à Jersey | L’histoire depuis 2024

DFDS est un armateur danois qui débute ses opérations le 1er janvier 1867. DFDS est issu de la fusion de trois armements danois historiques, qui détiennent alors 19 navires à vapeur. Les premières lignes de DFDS relient la Scandinavie à l’Allemagne et l’Angleterre. La flotte de la compagnie s’accroît progressivement, malgré les difficultés des deux guerres mondiales. En 1966, la compagnie célèbre son centième anniversaire avec 13 navires passagers, 53 fréteurs, 4 remorqueurs et 39 barges.

Les premiers pas de DFDS dans la Manche remontent à 2010 ; lorsqu’elle acquiert Norfolkline, filiale d’un autre armateur danois, Maersk. Grâce à cette acquisition, DFDS récupère les lignes Dunkerque (France) – Douvres (Angleterre) et Zeebruges (Belgique) – Rosyth (Écosse). La compagnie danoise s’implante également en mer d’Irlande, mais ces lignes sont rapidement revendues à Stena Line. Par la suite, DFDS s’allie en 2012 avec LD Lines. La joint-venture ainsi formée opère les lignes Le Havre (France) – Portsmouth (Angleterre), Dieppe (France) – Newhaven (Angleterre) et Calais (France) – Douvres.

Le 2 janvier 2021, DFDS lance une nouvelle ligne reliant le port de Dunkerque à celui de Rosslare (Irlande). Celle-ci permet d’éviter le transit par l’Angleterre du trafic fret vers l’Irlande. Le Brexit a en effet complexifié ce passage. Enfin, depuis le 28 mars 2025, DFDS détient un contrat d’exclusivité de 20 ans pour la desserte maritime de Jersey.

Aux origines de l’arrivée de DFDS dans les eaux de Jersey

Malgré l’ancienneté de l’entreprise DFDS, son implantation dans la Manche est récente. Elle débute par la création d’une joint-venture avec l’armateur français LD Lines, au début des années 2010. L’une d’entre elles, Dieppe (France) – Newhaven (Angleterre), est opérée dans le cadre d’une délégation de service public. C’est sur ce modèle que DFDS entend prolonger son implantation. La compagnie danoise postule en effet début-2024 à la concession des îles Anglo-normandes.

La remise en concurrence de la desserte des îles Anglo-normandes

Depuis la fin des années 1990, le gouvernements de Jersey accorde des droits d’usage quasi-exclusifs de ses infrastructures portuaires Ro-Ro à un opérateur unique. Celui-ci est chargé d’exploiter des service maritimes vers la France et l’Angleterre. Le gouvernement de Guernesey se contente d’un mémorandum d’entente. En 2020, Condor Ferries est le titulaire de ces droits, jusqu’au 27 mars 2025. Ce contrat autorise néanmoins une compagnie concurrente à s’implanter sur ce marché. Cependant, celle-ci devrait offrir un niveau de service comparable à celui proposé par Condor Ferries.

Malgré son monopole de fait, la pandémie de Covid 19 fragilise la situation économique de Condor Ferries. Si le trafic fret s’est maintenu, la quasi-fermeture au trafic passagers des îles Anglo-normandes a coûté cher à l’entreprise. La compagnie, dont l’actionnaire cherche à se séparer, enregistre des dettes importantes.

Une large part du fret destiné aux deux îles étant transportée par Condor Ferries, la situation inquiète les deux gouvernements. Dans le courant de l’année 2023, ils concluent donc un contrat de 500 000 livres mensuels avec l’armement DFDS. Par ce contrat, DFDS s’engage à déployer un ferry roulier vers les deux îles, dans le cas où Condor Ferries ferrait faillite.

Le 16 décembre 2023, DFDS fait accoster à Jersey et à Guernesey le roulier M/V Finlandia Seaways, un navire roulier de 163 mètres de long. Il s’agit du plus long ferry à avoir accosté à Saint-Hélier (Jersey).

Le lancement de la procédure de renouvellement

Le 16 janvier 2024, les gouvernements des deux bailliages lancent le processus de sélection du nouvel opérateur de leur desserte maritime. Le cahier des charges impose 12 traversées hebdomadaires entre l’Angleterre et les îles Anglo-normandes en été, sept en hiver. Le contrat proposé court sur quinze ans. L’appel d’offre réserve laisse la possibilité à chacune des deux îles de choisir son propre opérateur. Les offres doivent être remises le 9 juillet. L’attribution du contrat est annoncée pour le 30 septembre 2024.

Outre Condor Ferries (dont Brittany Ferries est désormais devenu l’actionnaire de référence), plusieurs opérateurs font connaître leur intérêt pour ce contrat. Finalement, seul DFDS ira au terme de la procédure. Afin de faire connaître son offre, la compagnie danoise organise des réunions publiques à Jersey et Guernesey les 23 et 24 avril 2024.

Les deux candidats remettent leurs offres comme prévu au début de l’été. Cependant, les gouvernements des deux bailliages ne parviennent pas à adopter une position commune. En conséquence, aucune annonce d’attribution n’est faîte le 30 septembre, contrairement à ce que prévoyait le planning initial.

Un processus qui joue les prolongations

Alors que le nom du vainqueur se fait attendre, DFDS réalise des essais d’accostage les 2 et 3 octobre 2024 avec le car-ferry M/V Seven Sisters. Propriété du Syndicat Mixte de Promotion de l’Activité Transmanche (SMPAT), ce navire opère usuellement la ligne concédée Dieppe – Newhaven. Malgré sa longueur compatible avec le port de Saint-Hélier, le M/V Seven Sisters rencontre toutefois des difficultés pour poser sa rampe sur le quai. Le 14 octobre, DFDS fait accoster le roulier M/V Mistral dans les deux ports. Deux jours plus tard, le grand public apprend que le gouvernement de Jersey a financé ces essais.

Le 21 octobre 2024, un haut fonctionnaire jersiais provoque un scandale public. En effet, il exprime sa préférence pour l’opérateur danois DFDS sur le réseau social Facebook. Il est contraint de se retirer immédiatement du process, de façon à en préserver l’impartialité.

À ce moment, les deux bailliages annoncent une attribution du contrat à la fin du mois d’octobre 2024. Cette annonce tardive, à moins de six mois de l’entrée en vigueur du contrat, inquiète les acteurs économiques locaux. Le 29 octobre, l’association des hôteliers de Jersey et Brittany Ferries communiquent leur crainte de voir les touristes se détourner des îles Anglo-normandes pour l’été suivant.

Au terme d’une année de négociations, les deux gouvernements ne parviennent pas à s’accorder. Alors que le bailliage de Guernesey préfère le choix de la continuité, Jersey souhaite une remise en concurrence. Ces désaccords résulteront en deux services maritimes distincts, une première en 150 ans.

Une desserte maritime indépendante pour chacune des Îles

Alors que la fin de la concession de Condor Ferries approche, le bailliage de Guernesey choisit de la renouveler. Opposé à ce choix, le gouvernement de Jersey relance sa propre mise en concurrence. Pour la première fois en 150 ans, les deux bailliages disposeront donc de leur propre opérateur.

Guernesey confirme Brittany Ferries

À la mi-octobre, Christophe Mathieu (Président du Directoire de Brittany Ferries et Président Directeur Général de Condor Ferries) confirme aux autorités de Guernesey se tenir prêt à acheter l’intégralité des parts sociales de Condor Ferries. Cet achat serait effectif dans le cas où la compagnie conserverait la concession.

Cette annonce ouvre la voie à l’attribution à la compagnie bretonne de la concession par le bailliage de Guernesey. Celle-ci est officialisée le 30 octobre. Le 31 octobre, Neil Inder (ministre de l’Économie de Guernesey) explique ce choix par le fait que seul Brittany Ferries possède les navires adaptés aux ports contraints des deux îles. Les essais de navires de substitution menés par DFDS (ainsi que Brittany Ferries dans une moindre mesure) n’ont en effet pas été concluants.

Cette annonce pousse le gouvernement de Jersey dans l’embarras. Son ministre de l’économie, Kirsten Morel, déclare le 5 novembre ne pas pouvoir choisir entre l’un des deux postulants. Le 7 novembre, il propose à Condor Ferries de prolonger de sept mois leur contrat d’exploitation. Ce délai lui est en effet nécessaire pour relancer une nouvelle consultation qui porterait uniquement sur la desserte de Jersey.

Une desserte maritime propre à Jersey

Contrairement aux espoirs du ministère de l’économie de Jersey, Condor Ferries refuse de prolonger son contrat de sept mois. En effet, cette solution absorberait toutes les liquidités de la compagnie et précipiterait sa faillite. Le 13 novembre 2024, le gouvernement de Jersey annonce donc le lancement d’une nouvelle procédure accélérée. Kirsten Morel explique cette décision par le manque de garanties financières de la part de Condor Ferries. À l’inverse, DFDS échoue sur des motifs légaux et techniques.

Le 22 novembre, Condor Ferries publie les horaires d’un service recentré autour de Guernesey. Au même moment, le gouvernement de Jersey poursuit ses négociations avec DFDS et Brittany Ferries. Finalement, le gouvernement de Jersey annonce l’attribution de la concession à DFDS le 03 décembre. Pour la première fois en 150 ans, chacune des deux îles dispose de son propre service régulier de ferries.

Selon le gouvernement de Jersey, l’offre de DFDS prévoit davantage de traversées, plus rapides, entre Jersey et l’Angleterre. De plus, l’armateur s’engage à construire trois navires neufs en six années. Enfin, la compagnie danoise promet une tarification unique pour tous les transporteurs de fret. À l’inverse, Condor Ferries proposait une tarification préférentielle pour les plus gros chargeurs.

Le choix de DFDS satisfait les aspirations de concurrence du gouvernement de Jersey. Cependant, ce choix tardif laisse peu de temps à l’armateur danois pour s’installer.

L’installation de DFDS à Jersey

Désormais opérateur des ferries de Jersey, DFDS a peu de temps pour mettre en place ses services. Alors que les horaires sont finalisés, l’opérateur se met en quête de navires adaptés au port de Saint-Hélier (Jersey). Mais le court délai laissé à l’armateur de DFDS inquiète rapidement les acteurs économiques.

Finaliser le contrat de DFDS et les horaires des ferries

La signature du contrat entre DFDS et le bailliage de Jersey intervient le 31 décembre 2024. Alors que l’appel d’offre portait sur une durée de 15 ans, les deux parties s’engagent finalement sur 20 ans. À cette occasion, DFDS annonce ses ambitions. 400 000 passagers son attendus sur l’année 2025, ainsi qu’un chiffre d’affaire de 50 millions de livres.

Le 16 janvier, DFDS publie les horaires de ses services Portsmouth – Jersey et Poole – Jersey. Alors que le gouvernement de Jersey promettait des traversées plus rapides, l’horaire Poole – Jersey prévoit une traversée en 4 heures 35. C’est même davantage que ce que proposait Condor Ferries avec une escale à Guernesey.

La publication des horaires de la ligne Saint-Malo – Jersey a lieu le 23 janvier. Là aussi DFDS prévoit des traversées plus longues que ce que proposait Condor Ferries, en 1h55. La compagnie justifie ces traversées allongées par des considérations environnementales. Une vitesse réduite permet en effet des économies de carburant.

Obtenir des ferries pour Jersey

À l’inverse de Brittany Ferries, DFDS ne possède pas de navires aptes à desservir régulièrement le port contraint et exposé de Saint-Hélier (Jersey). La compagnie doit donc affréter des navires adéquats, parmi les rares en service. Le 16 décembre, DFDS annonce l’affrètement du M/V Stena Vinga pour une durée de 5 ans. Celui-ci est le sister-ship du M/V Islander.

Deux jours après, DFDS dévoile les noms de ses deux catamarans à grande vitesse. Le premier, destiné à la ligne de Poole, est le HSC Levante Jet. 1 million d’euros sont investis à bord pour moderniser ses espaces passagers. Le second, pour la ligne de Saint-Malo, est le HSC Tarifa Jet. Il s’agit d’un sister-ship de trois anciens navires de Condor Ferries. Ces deux navires appartiennent à DFDS, qui les exploitaient sur le détroit de Gibraltar. Tous deux seront ré-immatriculés à Douvres.

DFDS dévoile le nom dernier bateau de la concession le 20 février. Il s’agit du M/V Arrow, que Condor Ferries a affrété à de nombreuses reprises depuis 2005. À ces occasions, il remplaçait les M/V Commodore Goodwill et M/V Commodore Clipper durant leurs arrêts techniques.

Des inquiétudes à quelques semaines de la reprise

L’attribution tardive du contrat laisse à peine trois mois à DFDS pour organiser ses nouvelles dessertes. Deux semaines avant l’échéance, Filip Hermann – vice-président de DFDS – reconnaît à la presse que tout n’est pas encore en place. Cependant, il confirme les ambitions de de la compagnie pour améliorer le service dont bénéficie Jersey.

Malgré ses annonces, les acteurs économiques expriment leurs inquiétudes quant au changement d’opérateur. Parmi ceux-ci, les exportateurs de produits de la mer expriment leurs regrets le 18 février à propos du retrait du HSC Condor Voyager. Celui-ci leur permettait d’exporter plusieurs fois par semaine leurs produits vers Saint-Malo, grâce à la hauteur libre de 4 mètres de son garage. À l’inverse, le HSC Tarifa Jet, sister-ship de l’ancien HSC Condor Rapide est dépourvu de cette faculté. Cela représente pour les pêcheurs un retour en arrière.

Malgré l’attribution tardive du contrat, DFDS parvient en quelques semaines à sécuriser une flotte de quatre navires. Cependant, les horaires proposés déçoivent les jersiais, alors même que DFDS a encore de nombreuses choses à préparer pour ouvrir ce nouveau chapitre.

Un nouveau chapitre pour les liaisons maritimes de Jersey

L’arrivée de DFDS constitue un chapitre inédit dans l’histoire des liaisons maritimes de Jersey. Celui-ci marque la fin de près de 80 ans de présence de Commodore Shipping / Condor Ferries à Jersey. Cependant, ses premières lignes sont difficiles à écrire, malgré le soutien indéfectible du gouvernement à son opérateur.

La fin de Condor Ferries à Jersey

Le HSC Condor Liberation appareille pour la dernière fois de Saint-Hélier (Jersey) le 23 mars 2025. Le 27 mars, c’est au tour de M/V Commodore Goodwill et du M/V Islander de quitter pour la dernière fois le port jersiais. Après la fin du monopole de Condor Ferries, seul HSC Voyager reviendra sur l’île une fois par semaine. Celui-ci opérera une rotation hebdomadaire depuis Guernesey.

Le même jour, le M/V Arrow appareille de Portsmouth à 17.45 pour Jersey. Il s’agit de la première traversée commerciale opérée par DFDS vers l’île de Jersey. Le lendemain matin, c’est M/V Stena Vinga qui appareille de Portsmouth pour opérer la première desserte ouverte aux passagers de l’aire de DFDS.

La mise en place compliquée du HSC Tarifa Jet par DFDS

À l’inverse de ses services en ferries conventionnels, DFDS ne parvient pas à mettre en service le service à grande vitesse Saint-Malo – Jersey fait dans les délais prévus. Le 27 mars, DFDS est en effet contraint d’annuler la première traversée commerciale du HSC Tarifa Jet.

En effet, le changement de pavillon et le renouvellement partiel de l’équipage de ce dernier motive une inspection par les autorités maritimes britanniques. Ces derniers relèvent plusieurs déficiences qui motivent la détention du navire, le temps que DFDS les résolvent.

En compensation, DFDS déroute le M/V Stena Vinga sur la ligne Saint-Malo – Jersey les 29 et 30 mars. La préparation du HSC Tarifa Jet s’étirant dans le temps, M/V Stena Vinga sera à nouveau déployé sur Saint-Malo du 03 au 07 avril, puis le 10 avril. Pour remplacer ce dernier sur ses rotations depuis Portsmouth, DFDS affrète le M/V Côte d’Albâtre que la compagnie opère habituellement entre Dieppe et Newhaven pour le compte du SMPAT.

À l’inverse, le HSC Levante Jet inaugure le 17 avril le premier service Poole – Jersey de DFDS, selon le calendrier prévu.

Le soutien sans ambiguïté des autorités politiques de Jersey à DFDS

Les difficultés rencontrées par DFDS dans le lancement de ces services provoquent du mécontentement parmi les jersiais. Mais la compagnie peut compter sur le soutien public du ministre pour le développement économique de l’île, Kirsten Morel. La mise en service retardée du HSC Tarifa Jet s’explique essentiellement par sa ré-immatriculation sous le pavillon britannique. Malgré les désagréments engendrés, Kirsten Morel y voit l’engagement de DFDS à employer des marins salariés dans des conditions sociales honorables.

À l’inverse, Kirsten Morel rejette le reste des difficultés de DFDS sur Condor Ferries. Le principal grief porte sur le refus d’une prolongation de son contrat de quelques mois. Cela aurait en effet laissé davantage de temps à DFDS pour préparer la reprise des services.

Par ailleurs, Kirsten Morel reproche à Brittany Ferries d’avoir fait perdre du temps à DFDS en contestant devant la justice l’attribution équitable du contrat de concession. Après deux jugements favorables à la compagnie bretonne, celle-ci est finalement déboutée le 1er avril par le président de la Cour d’Appel de Jersey. Celui-ci estime en effet que l’appel d’offre a été mené de manière régulière et que Brittany Ferries a trop tardé à agir. Il astreint la compagnie bretonne à payer 40 000 livres à DFDS au titre de ses frais de justice, ainsi qu’un montant non-divulgué au gouvernement jersiais. En revanche, la demande de dommages et intérêts formulée par les deux autres parties est écartée.

Malgré la mise en service retardée du HSC Tarifa Jet, DFDS parvient rapidement à mettre en place ses services maritimes vers Jersey. Désormais, l’enjeu porte donc sur la consolidation de ces activités.

L’installation de DFDS à Jersey malgré les controverses

Peu de temps après avoir débuté ses services, DFDS à Jersey cherche à acquérir deux ferries conventionnels. Mais l’installation de la compagnie danoise consiste également à restaurer la confiance avec les habitants de Jersey. Une tâche rendue difficile par un audit gouvernemental assez critique.

L’acquisition de ferries conventionnels dédiés

Pour débuter ses activités, DFDS affrète deux ferries conventionnels adaptés au port de Saint-Hélier (Jersey). Mais pour pérenniser pérenniser ses activités, elle doit en acheter. Le 19 juin, après trois semaines de rumeurs, DFDS officialise l’acquisition de l’ancien M/V Commodore Goodwill de Condor Ferries. Renommé M/V Caesarea Trader, le roulier opère sa première traversée le 21 juillet 2025.

Les premiers mois du M/V Caesarea Trader sont difficiles. Quelques mois après sa mise en service, il bénéficie d’un arrêt technique durant lequel il est remplacé par le retour du M/V Arrow. Mais peu après son retour de service, le M/V Caesarea Trader est victime d’un incendie d’ampleur qui l’immobilise pendant près de deux mois. Il reprend son service début mai 2026, arborant désormais le logo de l’armateur danois.

Pendant ce temps, DFDS cherche à se détacher de l’onéreux affrètement du M/V Stena Vinga. Plutôt que de lancer la construction du navire mixte promis, DFDS acquiert le M/V Stena Vinga en novembre 2026. Cette acquisition, la compagnie possède désormais l’intégralité de la flotte desservant Jersey. La prochaine étape sera désormais la construction des navires neufs promis au bailliage.

D’un service qui déçoit les jersiais…

Pour les jersiais, l’arrivée de DFDS s’accompagne de nombreuses désillusions. Le 1er juillet, les acteurs économiques s’inquiètent de l’augmentation des coûts du fret, conséquence de l’application d’un tarif identique pour l’ensemble des acteurs. La polémique enfle lorsque le 21 août, lorsque DFDS envoie des factures de régularisation à ses clients. Par ce biais, la compagnie répercute des frais de port dont elle n’avait pas connaissance au moment de débuter ses opérations.

Par ailleurs, au contraire de la concession de Brittany Ferries, celle de DFDS ne prévoit aucune obligation de service entre Jersey et Guernesey. Sous le feu de la critique, DFDS organise un service erratique au cours du printemps et de l’été 2025, à l’aide du HSC Tarifa Jet. À l’occasion de la Vase Muratti, un service spécial est également opéré avec le M/V Stena Vinga.

L’été 2025 se conclut par l’annonce par DFDS de l’absence d’un service à grande vitesse entre Poole et Jersey durant l’hiver 2025-2026. Pour les jersiais, c’est une première depuis l’hiver 1995. Ceux-ci bénéficient néanmoins de cinq rotations hebdomadaires avec le M/V Stena Vinga, un niveau de desserte conforme à ce que prévoit le contrat de concession de DFDS.

…à un audit gouvernemental sur l’attribution de la concession

Si DFDS bénéficie du soutien continu de Kirsten Morel, les critiques croissantes sur le service préoccupe ses collègues du gouvernement. Le 3 septembre 2025, Lyndon Farnham (ministre en chef de Jersey), affirme que le service proposé ne répond pas aux promesses de DFDS.

Le contrat liant DFDS au bailliage de Jersey est publié le 27 octobre 2025. La lecture de celui-ci révèle plusieurs clauses très favorables à DFDS, tel que la possibilité de reporter de plusieurs années la construction des trois nouveaux ferries promis. De même, la compagnie n’est pas tenue de maintenir la liaison à grande vitesse Poole – Jersey au-delà de la première année du contrat.

À cette occasion, Kirsten Morel assume que le contrat avec DFDS ait pu entraîner une augmentation des coûts du fret. Cependant, il met en avant la transparence qui prévaut désormais – les réductions accordées par Condor Ferries à ses principaux clients n’étant pas publics. Il affirme qu’un service de ferries robuste lui importe plus que les profits des transitaires.

Le 21 novembre, plusieurs élus du bailliage de Jersey engagent une commission d’enquête pour expertiser le contrat de DFDS. Plus tard, le 30 mai 2026, Moz Scott, ancienne adjointe de Kirsten Morel, dénonce l’attribution du contrat à DFDS comme « l’une des erreurs politiques parmi les plus onéreuses de l’histoire de Jersey». Elle souligne également un biais en faveur de DFDS parmi les dirigeants de l’île tout au long de la procédure.

Peu de temps après la mise en place de ces services, DFDS cherche à consolider sa présence en acquérant deux ferries conventionnels. Cependant, le service est sous le feu de la critique des jersiais, critiques que le soutien gouvernemental peine à éteindre. L’année 2026 sera-t-elle celle de la consolidation des positions de DFDS à Jersey ?

2026 : l’année de la consolidation

Pour DFDS, l’année 2026 est celle de la consolidation de ses activités à Jersey. Celle-ci passe dans un premier temps par la reconnaissance de débuts difficiles. Par la suite, consolider les horaires de la ligne Saint-Malo devient la priorité de la compagnie. Mais ces efforts ne suffisent pas à masquer l’absence d’un service inter-îles.

La reconnaissance de débuts difficiles

Le 1er décembre 2025, le PDG de DFDS, Torben Carlsen, reconnaît que la mise en place du contrat jersiais a été plus difficile qu’attendu. Il met notamment en avant les 3 mois laissés à l’opérateur entre l’attribution du contrat et son démarrage effectif. Un délai qui avait d’ailleurs été jugé « très ambitieux » par Kirsten Morel, ministre du développement économique durable de Jersey.

La compagnie danoise renouvelle néanmoins son engagement à offrir un service robuste aux jersiais, en lien avec le gouvernement du bailliage. Cependant, si le ministre en chef de Jersey regrette la desserte amoindrie entre Jersey et Guernesey, celle-ci ne fait pas partie des obligations contractuelles de DFDS. L’opérateur danois renouvelle sa disposition à pérenniser une telle offre à la condition qu’elle soit rentable.

Sécuriser les horaires de la ligne de Saint-Malo

L’arrivée d’un second opérateur entre Saint-Malo et les îles Anglo-normandes est intervenue à un moment délicat pour le port malouin. En effet, celui-ci est engagé dans une opération de restructuration d’ampleur, qui suppose la suppression provisoire de l’une des deux rampes. Ceci impose donc d’espacer chaque départ, en particulier le bateau où trois ferries sont attendus.

En 2025, DFDS, en tant que dernier arrivé, a du se contenter des créneaux de départs laissés par Brittany Ferries. Mais pour 2026 la compagnie danoise aspire à des horaires de départ plus attractifs pour les excursions à la journée. Elle ambitionne ainsi de pouvoir programmer un départ à 07.45 pour Jersey. Cependant, cet horaire entre en conflit avec les horaires d’alors de départ du HSC Voyager et l’arrivée du M/V Saint-Malo.

Le 22 décembre, la région Bretagne officialise un compromis entre Brittany Ferries et DFDS. La compagnie bretonne accepte de retarder de 30 minutes l’arrivée du M/V Saint-Malo depuis Portsmouth, malgré les fortes contraintes de marée du port malouin. Ceci permet à DFDS de proposer un départ pour Jersey à 07.15. C’est une amélioration notable par rapport au départ à 06.00 de l’année précédente.

Un service inter-îles laissé de côtés

Sous la pression des acteurs économiques de Jersey, DFDS propose une nouvelle organisation pour la desserte Jersey – Guernesey pour l’année 2026. La proposition prévoit la création d’une escale du M/V Stena Vinga le vendredi soir et le lundi après-midi, alors que le navire relie Jersey à Portsmouth.

Si DFDS s’engage à ne pas accepter de clients entre Portsmouth et Guernesey sur ses deux traversées, Brittany Ferries s’oppose à cette proposition. La compagnie bretonne dispose en effet de l’usage exclusif des rampes de Saint-Pierre-Port pour les dessertes vers l’Angleterre. La compagnie se souvient qu’au début des années 2000, l’octroi d’une licence par le port de Jersey à Condor Ferries pour transporter des véhicules vers Saint-Malo avait précipité la faillite d’Émeraude Lines.

En conséquent, le gouvernement de Guernesey oppose un refus à la proposition de DFDS le 15 avril 2026. Le bailliage motive sa réponse par l’absence de présence douanière et de lamanage le vendredi soir, à l’heure d’arrivée proposée par DFDS. Étendre les horaires du port mettrait également en difficulté la capacité du port à accueillir le M/V Islander le lendemain matin.

Le mea culpa de DFDS sur le lancement difficile du service permet à la compagnie d’asseoir ses positions. Elle parvient à dialoguer avec ses concurrents pour améliorer le service au départ de Saint-Malo. Cependant, aucun terrain d’entente n’est trouvé pour restaurer un service de car-ferries de Jersey vers Guernesey.

Deux ans après avoir mis un terme au monopole de Condor Ferries, il est désormais temps pour DFDS de concrétiser ses promesses pour Jersey. Parmi celles-ci, figure notamment la commande de trois ferries neufs pour la desserte de l’île. Ceci afin de trancher avec la flotte d’alors, jugée vieillissante, de Condor Ferries.